BILL WYMAN à la Fnac de Lille, par Eve Lainé

Conférence de presse - Jeudi 22 janvier 2003, 16h
Photos Eve Lainé pour www-tramps-like-us.com (c) 2003
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Une actu toute chaude pour l'ancien membre des Stones : sortie du nouvel album de son groupe, les RHYTHM KINGS, suivie d'une tournée française pour fêter ça comme il se doit (plus de 20 concerts prévus, voir dates annoncées). Croire qu'il va s'arrêter en si bon chemin serait se méprendre sur le musicien, qui sort une autre carte de sa manche en venant annoncer l'édition française de son livre (ça doit faire lourd, dans une manche) : "ROLLING WITH THE STONES", à paraître le 19 mars dans nos contrées (Hachette). Cet ouvrage regroupe photos (3.000 ! !), documents inédits, anecdotes retraçant la vie quotidienne du groupe pendant la période allant de 1962 à janvier 1993.
Pendant près d'une heure trente, Bill Wyman a présenté le groupe puis a répondu aux questions des journalistes présents, pour enfin se livrer aux rapides interviews sollicités par les radios présentes. 'Best of' d'une jolie partie d'après-midi…

Bill Wyman : "Les Rhythm Kings ont joué pendant 4 ans en Europe puis aux Etats-Unis, l'an dernier. Nous avons joué partout en Europe, sauf en France, si on met de côté ce très court concert à Paris il y a 4 ans, puis notre passage au Festival de Nice ni cette prestation au Festival de Cognac, tout à fait réussie d'ailleurs. Mais la France est le pays où nous avons le moins joué en Europe. Cet été, nous venons faire plusieurs dates pour faire connaître le groupe.

Au sein du groupe, je suis entouré de grands musiciens qui jouent des styles de musique très variés, du blues, du jazz, de la soul, du gospel, du rockabilly, de la country, du reggae parfois… Il y a quatre chanteurs de styles musicaux différents, et même les musiciens ont des domaines de prédilection, par exemple Albert Lee qui joue du rockabilly, de la country, et Martin Taylor qui joue de la guitare jazz. Il y a aussi une excellente chanteuse Noire, Beverly Skeete, dont la voix rend très bien, notamment en live. Et à côté du groupe en lui-même, de nombreux musiciens viennent jouer en 'guests', comme Georgie Fame, Garry Brooker (Procol Harum), Peter Frampton, Paul Carrack, etc. Quand on enregistre en studio, on a davantage l'occasion d'accueillir des guests, ce fut le cas pour Eric Clapton sur deux albums, Mick Taylor, George Harrison sur le dernier album.

Mon groupe est en fait composé de musiciens qui ont chacun une carrière solo, comme Beverly Skeete qui travaille notamment avec les Eurythmics ; Graham Broad, le batteur, travaille avec Roger Waters ; Albert Lee avec les Everly Brothers, il joue beaucoup de country à Nashville ; etc. Pour la tournée française cet été, on va tous tâcher de se libérer pour être le plus nombreux possible. Mais si quelqu'un n'est pas disponible, on trouve toujours quelqu'un d'autre pour venir nous rejoindre. C'est génial de pouvoir travailler de cette façon, je ne changerai ça pour rien au monde. Pendant des années, j'ai beaucoup aimé ce que j'ai fait avec les Stones, mais j'avais envie d'évoluer pour quelque chose de totalement différent. Ce que disait Keith n'était pas vrai. Il disait que "ceux qui quittent le groupe le quittent dans une boîte", mais je ne suis pas encore dans une boîte ! (rires)"
Aux diverses questions posées à la fin de la conférence, Bill revient sur ce sujet, que nous ajoutons ici afin de compléter ses propos : "J'aimais beaucoup jouer la musique des Stones, car j'aimais cette musique, bien sûr ! Mais dans ce genre de groupe, tu ne peux pas avoir de vie privée, de vie personnelle, et au bout du compte, tu n'as tout simplement pas de vie du tout" "Et ces dix dernières années ont probablement été les dix années les plus heureuses de ma vie, je me suis remarié, j'ai 3 petites filles, et musicalement parlant, ça fait vraiment 5 ans que je fais ce que j'aime. J'ai aussi écris un livre sur Chagal et qui a été très bien accueilli par le public, un autre l'an dernier qui n'a pas été traduit en français ("Stone Alone", ndlr) qui m'a valu mon 1er Award. Puis le "Rolling With The Stones". Je prévois aussi des projets et des organisations pour des œuvres caritatives. Je suis très occupé et très heureux. Je dors peu, 4 ou 5 heures, et je trouve que ça réussit très bien à ma santé (rires) !" "C'est étrange, car je ne fais absolument rien de ce qu'il est conseillé de faire, pourtant je suis en pleine forme. On nous dit de faire du sport… je n'en fais jamais. On nous dit de ne pas fumer… et ça fait 40 ans que je fume ! ! , de faire de bonnes nuits… (sourire) de se mettre de la crème anti-âge… Ca me fait rire, tout ça".

Q : Il semblerait que vous ayez une prédilection pour les 'Taylor', et je ne parle pas de mode (tailor = tailleur). Dick Taylor, Terry Taylor (présent dans la salle), Martin Taylor…

 

BW : Dick Taylor a joué avec le groupe 5 ou 6 fois, et puis il a quitté le groupe, il trouvait que ça ne menait pas à grand chose, il a disparu pendant une année et est réapparu avec un groupe appelé les "Pretty Things", qui essayait de faire tout ce que faisaient les Rolling Stones mais en exagérant tous leurs aspects, avec des cheveux plus longs, des vêtements plus sales, mais pas avec une aussi bonne musique.
Mick Taylor s'est fait connaître un mois avant que Brian Jones ne meure. Brian a quitté le groupe, Mick est apparu, et un mois après, Brian est mort. Mick Taylor était très jeune, un grand guitariste pour son âge, il a fait évoluer les Stones vers un style musical assez différent. Il a apporté des slide très créatifs pour l'époque. Il a beaucoup souffert de l'héroïne pendant une dizaine, voire une quinzaine d'années. J'ai tenté de l'aider à redonner un peu de souffle à sa carrière quand il est venait aux sessions d'enregistrement des Rhythm Kings, il était complètement dépossédé, il n'avait plus de guitare, je crois que ces sessions l'ont aidées un peu. Récemment, il a reformé un groupe, il refait des concerts, il enregistre de nouveau des disques, je l'ai revu il y a peu de temps et on a discuté une bonne heure, il s'est bien remis aujourd'hui et j'en suis heureux.

Terry Taylor, c'est une autre histoire. Je l'ai rencontré en 68. Il a intégré le groupe The End que je produisais. Puis il a joué sur mes disques solo, pour les bandes originales de film que j'ai faites. Il était bon car il avait des styles de jeu diversifiés à la guitare, il jouait de la guitare classique, du blues, du jazz, du rock. On est devenu amis et l'idée de monter les Rhythm Kings était une idée qu'on a eue en commun.
Martin Taylor est un guitariste absolument surprenant. Il reçoit tous les ans le prix du plus grand guitariste d'Angleterre depuis 11 ans et il est connu pour être le meilleur guitariste de jazz de notre époque. Quand vous pouvez voir Albert Lee et Martin Taylor jouer sur scène avec les Rhythm Kings, le jeu de ces deux guitaristes ensemble est tout simplement fantastique.
Mick Taylor a travaillé en solo pour sa tournée personnelle l'an dernier donc il n'a pas pu rejoindre le groupe. Mais cette année, il sera avec nous sur scène. Donc la tournée française vera les Taylor avec Albert Lee sur scène.

Q : Vous avez déclaré que depuis que vous avez quitté les Stones, la tonalité de la musique a changé. Trouvez-vous que cela ait changé radicalement ? Etes-vous toujours en contact avec eux ?

BW : Mick Taylor a été fantastique et a trouvé sa place, musicalement parlant. Mais il ne ressemblait pas vraiment à un Rolling Stone ! Il était comme moi sur scène : il ne bougeait jamais, mais au moins, moi, je regarde le public, je regarde les gens, et parfois je souris. Je faisais 2 pas, alors que Mick restait debout et jouait comme ça (Bill mime un guitariste jouer en regardant le corps de sa guitare, montrant le haut de son crâne). Il jouait très bien mais à voir sur scène, c'était pas terrible. On n'avait pas besoin de 2 musiciens comme ça (rires). Quand Ronnie est arrivé dans le groupe, il collait parfaitement avec le groupe, il avait l'air d'un Rolling Stone, ça a changé certaines choses. Il aimait les Rolling Stones depuis le début, avant même qu'il n'ait intégré le groupe. C'est un fou, Ronnie. Mais on l'aime tous.
Quant à mes rapports avec les Stones, je suis resté très ami avec eux. Ils n'ont pas été très content quand je suis parti, c'est évident, ils perdaient un peu le contrôle, tout particulièrement Mick et Keith, qui aiment garder la situation en mains. Mais après quelques mois de commentaires déplaisants dans la presse, ils ont tous été agréables et on est resté de très bons amis depuis. Il m'est arrivé de faire quelques jams avec eux, à l'issue de soirées privées ou de charité, je vois souvent Charlie car nos femmes sont très amies et nos enfants se côtoient. C'est devenu comme des relations de famille : c'est bon de les voir, mais pas tous les jours ! (rires). Charlie m'appelle parfois quand ils sont en tournée, quand je lui demande d'où il appelle, il me dit, "je suis à Buenos Aires, et tu sais (rires)… après le show de ce soir, je voulais te dire quelque chose et je me suis retourné pour te parler, mais tu n'étais plus là ! !". J'adore Charlie. Donc l'ambiance est bonne.

Q : Quels sont vos bassistes préférés ?

BW : Willie Dixon, qui joue aussi de la contrebasse, ce que je ne peux pas faire car vous voyez, mes mains sont minuscules, j'ai les plus petites mains du rock, c'est donc une impossibilité physique… et aussi Donald "Duck" Dunn qui a joué avec Ottis Redding, Sam & Dave, dans le film les Blues Brothers, avec Eric Clapton également. Je l'aime beaucoup car nous sommes assez semblables dans nos façons de jouer. J'aime les bassistes qui ne se font pas remarquer, qui ne cherchent pas à jouer une note dès qu'un vide se fait entendre dans le morceau. Je crois que les vides qui sont importants sont davantage ceux que le bassiste ne comble pas, plutôt que ceux qu'il cherche toujours à combler.

Q : En guise d'introduction à votre dernier livre, il y a une citation. Vous dites :"Ce que l'on fait nous a fait prendre des risques et ça rendait ma mère folle". Que pensez-vous de cette citation aujourd'hui ?

BW : (rires) On a tous été jeunes, mais les choses changent quand vous vieillissez. Vous voulez changer le monde et ce genre de choses, puis vous vous rendez compte que ça n'arrivera jamais. Je ne crois pas que cette citation soit justifiée aujourd'hui. C'est aussi pour ça que j'ai écrit ce livre, c'est une sorte de carte qui retrace les endroits où nous avons joué, ceux où nous sommes nés, et comment tout a évolué. Parfois on me demande combien de temps m'a pris l'écriture de ce livre, et je réponds que ça m'a pris 40 ans.

Q : Quel est l'album que vous préférez parmi ceux auxquels vous avez participé ?

BW : J'aime tous les albums des Stones, évidemment, mais j'ai une préférence pour la période de 68 à 72, Sticky Fingers, Exile On Main Street. Avec les Rhythm Kings, je crois que c'est Groovin'. Mais je crois que tous groupes et toutes participations confondues, mon préféré sera Willy & The Poor Boys, que j'ai fait avec Jimmy Page et Paul Rodgers.

Q : Avez-vous des projets dans le domaine de l'écriture ?

BW : Je prépare un livre sur l'archéologie sur lequel je travaille depuis 6 ou 7 ans. Je fais des fouilles dans mon jardin. C'est vrai ! (rires) J'ai trouvé des poteries du 11è siècle, des pièces de monnaie de l'époque de Richard III, toutes sortes de choses, c'est surprenant ce qu'on peut trouver. J'ai invité des archéologues qui ont mesuré, fait des cartes, qui ont tout enregistré, consigné, et ils m'ont donné tout ça. Ca fait partie de l'histoire de la maison aussi, qui a été habitée par des Lords, c'est très intéressant. Et j'ai beaucoup de choses en projet à ce sujet, mais rien de précis pour l'année à venir. Je veux prendre un peu le temps de profiter de ma famille, après mes 3 dernières années de tournée.

Q : Est-ce qu'il faudra dire un jour "Sir Bill Wyman" comme on dit "Sir Mick Jagger" ?

BW : (rires) Aucune chance ! J'ai été étonné que Mick obtienne ce titre même si j'ai entendu dire qu'il avait souvent été pressenti. Le plus drôle, c'est qu'il ne vit même plus en Angleterre, il ne paie plus d'impôts en Angleterre... On a tous été étonnés, Keith était furieux parce qu'il ne l'a pas eu ! Je ne l'attend pas, et j'espère que je ne l'aurai pas.

Q : Quel regard portez-vous sur les nouvelles technologies musicales ?

BW : On me demande souvent, "que penses-tu de la techno ?", hé bien, je ne pense pas à la techno ! Les jeunes l'aiment car c'est nouveau et c'est différent, les jeunes aiment être différents, au même titre que nous avons aimé l'être à notre époque, mais ça ne signifie rien à mes yeux. Pour moi, la musique, c'est quelqu'un qui passe des années et des années à apprendre à jouer d'un instrument, ou à écrire des chansons, ou .à les interpréter. Si tu compares ce qui se fait aujourd'hui à quelqu'un comme Ray Charles par exemple, sur scène… Je suis allé à un de ses concerts une fois et au moment où il a joué "Georgia On My Mind", il avait tout un groupe avec lui sur scène mais il a joué seul au piano, et j'ai regardé ma petite amie… elle pleurait. Et toutes les filles, tout le monde autour était en train de pleurer. Je ne crois pas que dans la musique qui se fait de nos jours, qui que ce soit puisse être capable de faire ça, pas dans les jeunes groupes, encore moins dans la nouvelle technologie. Ca ne veut rien dire pour moi, je n'arrive pas à en écouter, je trouve ça trop dur. Peut-être que je vieillis. Et toi, tu aimes ce style. Quel âge as-tu ? 45 ans ! ! Oh… on est fini ! (rires)

Q : Pourquoi avoir fait un livre sur Chagal ? Est-il votre peintre préféré ?

BW : Je l'ai rencontré alors qu'il avait 89 ans. Je lui ai rendu visite chez lui. On est devenu proche et plus j'avais le sentiment de le connaître, plus j'aimais son travail, car en le connaissant, je le comprenais mieux. C'était un homme fantastique, très spécial. J'ai été très triste de le voir partir. Je crois que c'était quelqu'un de tout à fait fantastique. Il a fait une très belle chose pour les enfants. A 94 ans, il est allé dans une école où ils exposaient des peintures qu'ils avaient faites, ils avaient entre 4 et 10 ans, et il a passé une heure à regarder toutes les peintures pour dire ce qu'il y voyait, ce qu'il en pensait. C'était un homme très bien."

¢ TOURNÉE
Dates françaises 2003 annoncées BILL WYMAN'S RHYTHM KINGS

20 juin - Roubaix
26 juin - Paris (Olympia)
27 juin - Tarbes
28 juin - Saint Etienne
juillet & août : les dates et lieux officiels et définitives seront connues mi-mars, on annonce d'ores et déjà les Festivals Avoine, Thiez, Montereau Blues (probablement le 14 juillet), Les Voix du Galou, Festives de Font-Robert, Sète, Côte d'Opale, Swing-in Deauville (25 juillet annoncée), Marseille, Barcelonnette… A suivre dans la presse spécialisée, qui devrait en faire l'écho, plutôt deux fois qu'une… ! !


¢ Sortie du nouvel album annoncée pour le 15 mai.

¢ DISCOGRAPHIE SOLO
1974 Monkey Grip
1981 Green Ice (BO)
1982 Bill Wyman
1983 Digital Dreams (BO)

¢ 1997 - FORMATION DES RHYTHM KINGS
1998 Struttin' Our Stuff
1999 Anyway The Wind Blows
2000 Bootleg Kings, Live in Europe (boot officiel)
2000 Groovin' (single)
2001 Bootleg Kings, Ride Again (boot officiel)
2001 Double Bill
2001 Bill Wyman's Blues Odyssey (compil. - directeur artistique)
2001 The Bill Wyman Compedium

DVD Blues Odeyssey - Rhythm Kings

Site : www.billwyman.com

Remerciements : Loïc @ Big Collector - www.bigcollector.com


¢ AMIS BRUXELLOIS, TOUS À LA BRASSERIE BELLEVUE ! !
Dans le cadre du jeu concours Music Planet & Dexia, organisé par les responsables de l'émission Classic Rock de la station Radio 21, la remise du prix (une Fender Strato "Signature Eric Clapton") se fera ce jeudi 23 janvier à la Brasserie Bellevue de Bruxelles (43, Quai du Hainaut, 1080 Bruxelles) en compagnie de Bill Wyman.


Music Planet accueille une expo jusqu'en juin, et peut-être bientôt sur Paris… C'est là que ça se passe :

http://www.quefaire.be/detail.php?num=1518.

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Classic Rock - Radio 21
Tous les dimanches matins sur 104.3 FM - 9h15-12h